Fédération des producteurs d'oeufs du Québec

Réplique à la chronique d’Alain Dubuc du samedi 15 avril 2017, intitulée « Jambon, cocos et chocolat »

Par M. Paulin Bouchard
Producteur d’œufs et président de la Fédération des producteurs d’œufs du Québec

Par la présente, je désire répliquer à la chronique d’Alain Dubuc du samedi 15 avril 2017, intitulée Jambon, cocos et chocolat. Dans cette chronique, M. Dubuc concentre notamment son propos à mettre en porte-à-faux deux systèmes de soutien à l’agriculture : la voie règlementaire, c’est le cas de la gestion de l’offre, et la voie budgétaire, se traduisant par des programmes de sécurité du revenu aux producteurs agricoles. C’est d’ailleurs cette dernière voie qu’a choisie le secteur porcin avant que le système de gestion de l’offre voit le jour dans les années 1970. Ce texte d’opinion témoigne d’une profonde incompréhension du secteur agricole québécois et mérite que nous nous attardions à défendre ces deux systèmes.

De prime abord, il importe de préciser que tous les pays développés soutiennent leur agriculture et ont des politiques pour la gestion des risques agricoles parce que l’alimentation est considérée comme un fondement d’une société, au même titre que la santé, l’éducation ou la culture.

Tout comme vous M. Dubuc, je suis très fier des producteurs de porcs et souhaite que nos gouvernements continuent à soutenir le développement de leur secteur par des programmes qui les protègent contre la volatilité des prix et contre l’hyper concentration de la production. Sachez que de leur côté, les producteurs agricoles aux États-Unis peuvent aussi compter sur des programmes de subventions gouvernementaux; près de 1 000 milliards de dollars américains sont rendus disponibles par le Farm Bill depuis 2014. Pour sa part, le système de gestion de l’offre ne recourt pas aux soutien financier de l’État, c’est du marché qu’il obtient son revenu et celui-ci est protégé par une discipline aux frontières.

En ce qui concerne le prix des œufs sur le marché, il importe de préciser qu’il n’y a aucune intervention du producteur sur le marché de détail, c’est une décision qui appartient au secteur de la distribution. Néanmoins, les prix des œufs en épicerie au Canada sont parmi les plus faibles au monde. Nous nous comparons avantageusement à plusieurs villes américaines et avons l’assurance morale que nos œufs sont produits selon les plus hauts standards mondiaux. Également, au niveau des préoccupations de M. Dubuc sur le prix des quotas de production, sachez que moins de 0,5% des quotas sont transigés annuellement et que la valeur des quotas n’a aucun impact négatif sur le prix des œufs à la consommation.

Le modèle agricole adopté pour les œufs de consommation permet une production locale par des familles d’ici. À l’échelle nationale, c’est 1 000 fermes de production d’œufs qui possèdent en moyenne un peu plus de 22 000 poules réparties sur l’ensemble du territoire canadien. Aux États-Unis, le portrait est tout autre. La moyenne est de 1,5 millions de poules par ferme et certaines méga-fermes américaines concentrent plus de poules que la totalité de la production canadienne, soit plus de 26 millions d’oiseaux. À en croire les déclarations du président du United Egg Producers des États-Unis, certains de ses membres souhaitent ardemment l’abolition de la gestion de l’offre et ne feraient qu’une bouchée de notre marché d’œufs canadiens.

Pour ce qui est de l’ensemble des productions sous gestion de l’offre au Canada, c’est quelque 16 000 producteurs et plus de 900 transformateurs de l’industrie laitière, de la volaille et des œufs. Nos productions agricoles créent tout près de 350 000 emplois au Canada, dont près du tiers au Québec seulement. Il faut bien se rendre à l’évidence que la libéralisation totale du commerce en agriculture et l’ouverture des marchés ne créent pas nécessairement de richesse pour les producteurs agricoles.

Pour terminer, je dois vous dire que je suis très fier des 130 producteurs d’œufs du Québec qui, malgré les réalités de marchés différentes de celles de nos voisins du Sud, investissent et continuent de développer leur secteur. Nous sommes engagés à répondre aux besoins spécifiques des consommateurs en évitant une trop grande concentration et intégration de la production, tout en respectant le bien-être de nos oiseaux, notre environnement et en contribuant au développement économique de toutes les régions du Québec.